LA
FONDATION DE DOMFRONT
La fondation de
Domfront est due semble-t-il aux seigneurs de Bellême. Lignage apparu durant le
Xe siècle, les Bellême avaient, entre la Normandie au Nord, le Maine et
l'Anjou au sud, en rendant hommage aux uns et aux autres, comtes d'Anjou,
Capétiens, ducs de Normandie, … réussi à créer une seigneurie tampon qui
s'étendait de Bellême à l'est à Domfront à l'ouest en passant par Alençon.
Vers 1010, Guillaume Ier de Bellême, tant pour marquer sa présence et son
autorité que pour mettre en valeur cette partie de ses domaines, installa des
moines bénédictins à Lonlay (8 km au nord-ouest de Domfront) et fonda un
château sur l'éperon qui domine la cluse de la Varenne. Ce château primitif
devait être une simple enceinte en bois, avec une tour-porte peut-être
maçonnée. Aucune trace archéologique n'en a été retrouvée, mais il est
attesté par les textes. Attirées par la protection qu'offrait le château, des
populations vinrent s'installer dans le prolongement de l'éperon, donnant
naissance à la ville. Domfront est donc un bourg castral, né du château. Les
Bellême créèrent pour lui et le château une paroisse particulière, enclavée
dans le territoire de l'ancienne paroisse de Saint-Front. Jusqu'à la
Révolution, Domfront (limité au tracé des remparts et à Notre-Dame-sur l'Eau)
et Saint-Front furent désormais deux paroisses distinctes.
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GUILLAUME
LE CONQUERANT
Entre 1048 et 1052
Geoffroy II Martel, comte d'Anjou, tenta de contrôler la région. Sa tentative
provoqua la réplique de Guillaume le Bâtard, duc de Normandie (futur
Conquérant), qui vint assiéger et prendre le château, confisqué de facto aux
Bellême. La contrée, le Passais, fut annexée à la Normandie ; c'est la partie
du duché qui est devenue le plus tardivement normande. Sur le plan religieux,
elle continua à dépendre jusqu'à la révolution de l'évêché du Mans.
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HENRI Ier
BEAUCLERC, SEIGNEUR DE DOMFRONT
En 1087, à la mort
du Conquérant, Robert II de Bellême chassa la garnison ducale et reprit le
château. Ordéric Vital, chroniqueur partial, le décrit comme un tyran. Il
semble que la population de Domfront se révolta contre lui en 1092, et se
donna à Henri, 3e fils de Guillaume le Conquérant, qui n'avait pas reçu de
domaines lors de la succession de son père. Ce fut l'origine de la fortune de
Domfront au XIIe siècle et au delà, car peu de temps après, en 1100, à la
mort de son frère Guillaume le Roux, Henri Beauclerc devint roi d'Angleterre,
puis duc de Normandie en 1106 après sa victoire contre son autre frère Robert
Courteheuse à la bataille de Tinchebray, non loin de Domfront. Il avait ainsi
reconstitué le domaine de son père.
Dès lors, le
seigneur de Domfront n'était autre que le duc-roi. Puissant et riche, il
remodela complètement le château, agrandit son enceinte et fit construire,
peut-être vers 1120, l'énorme donjon dont il reste encore des vestiges. Ce
fut également une période de prospérité pour l'abbaye de Lonlay, qui
reconstruisit son église abbatiale (il subsiste de cette époque le transept
et ses intéressantes séries de chapiteaux), et ses prieurés : Saint-Michel de
Goult, et surtout à Domfront Saint-Symphorien, situé dans l'enceinte du
château, et Notre-Dame-sur-l'Eau, en contrebas de l'éperon.
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LES
PLANTAGENET
Après sa mort, en
1135, ses possessions furent disputées entre Etienne de Blois, petit-fils de
Guillaume le Conquérant par sa mère, et sa fille Mathilde, veuve de
l'empereur Henri V, d'où son surnom d'Emperesse, remariée à Geoffroy V
Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine. Celui-ci conquit assez rapidement le
Domfrontais, puis plus difficilement l'ensemble de la Normandie. Un compromis
fut trouvé avec Etienne, qui conserva le trône d'Angleterre sa vie durant, à
condition de reconnaître le Plantagenêt comme héritier. Geoffroy mourut en
1152, et c'est son fils Henri qui recueillit la couronne d'Angleterre à la
mort d'Etienne, en 1154. Il avait épousé la duchesse d'Aquitaine Aliénor,
divorcée du roi de France Louis VII : le couple possédait donc un vaste
ensemble territorial qui s'étendait des frontières de l'Ecosse aux Pyrénées.
De plus, il contrôlait indirectement la Bretagne dont l'héritière, Constance,
épousa leur troisième fils, Geoffroy, et dont elle eut un fils, Arthur.
Situé au milieu de
cet ensemble que l'on appelle "l'empire plantagenêt", le château de
Domfront était une étape pour ces grands personnages perpétuellement en
mouvement. Plusieurs séjours des souverains anglo-normands sont attestés. En
1161, une de leurs filles, également prénommée Aliénor, y fut baptisée
(mariée plus tard au roi de Castille Alphonse VIII, elle eut elle-même pour
fille Blanche de Castille : la grand-mère de saint Louis est donc née à
Domfront). En août 1169, Henri II y reçut des légats du Pape chargés de le
réconcilier avec Thomas Becket, mais l'entrevue fut un échec.
Richard
Coeur-de-Lion succéda à son père en 1189. Sa présence à Domfront est attestée
à plusieurs reprises. Après sa mort en 1199, son frère Jean-sans-Terre monta
sur le trône et élimina son neveu Arthur de Bretagne. Sommé de comparaître à
la cour du roi de France Philippe Auguste, dont il était le vassal pour ses
fiefs continentaux, il refusa, Le conflit s'annonçait ; il renforça les
défenses de ses châteaux, dont celui de Domfront, ce qui n'empêcha pas le roi
de France de lui prendre tous ses domaines situés au nord de la Loire, y
compris donc la Normandie et Domfront, en 1204.
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DE
PHILIPPE AUGUSTE A LA GUERRE DE CENT-ANS
Le roi donna
Domfront à son ami et vassal Renaud de Dammartin, mais celui-ci le trahit au
profit de Jean-sans-Terre dès 1211. Philippe Auguste vint alors en personne
assiéger et reprendre Domfront, qu'il donna à son fils Philippe Hurepel.
Celui-ci fonda le village de l'Epinay, au sud-ouest de Domfront. Il mourut en
1234, et sa fille Jeanne, épouse de Gaucher de Châtillon, hérita ses
domaines. Le couple disparut en 1250-1251 sans laisser d'héritier. Domfront
retourna alors au domaine royal.
En 1256, au retour
d'un pèlerinage au Mont-Saint-Michel, saint Louis passa à Domfront. Quelques
années plus tard, en 1269, il donna Domfront à son neveu Robert II, comte
d'Artois, afin de constituer un douaire pour son épouse. Robert II vint
plusieurs fois à Domfront ; en son absence un bailli administrait le domaine.
De nombreux documents subsistent pour cette période, qui est particulièrement
bien connue des historiens locaux.
A sa mort, en
1302, sa fille Mahaut et son petit-fils Robert (III), les protagonistes des Rois
Maudits, se disputèrent son héritage. Robert n'obtint pas l'Artois, mais
il reçut les autres domaines de Robert II et il fut donc seigneur de Domfront
de 1309 à 1331. Ayant fait faire de faux documents pour étayer sa
revendication sur l'Artois, il dut fuir le royaume et ses domaines furent
confisqués par le roi Philippe VI. La châtellenie de Domfront devint alors
une petite vicomté, regroupant 40 paroisses, qui dépendait alors du bailliage
de Cotentin.
En 1342, celui-ci
fit don de Domfront à son neveu et filleul Philippe d'Alençon. Peu de temps
après, la vicomté fut officiellement incorporée au comté (puis duché en 1404)
d'Alençon.
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DOMFRONT
DANS LA GUERRE DE CENT-ANS
Si la ville et son
château ont été épargnés lors de la chevauchée d'Edouard III en 1346, ils
furent pris en novembre 1356 par une troupe composée d'Anglais (les routiers
de Robert Knolles) et de partisans normands de Charles de Navarre, dit le
Mauvais, cousin du roi de France, comte d'Evreux et de Mortain. Malgré le
traité de Brétigny (1360). Il fallut attendre 1366 et payer les Anglais pour
qu'ils consentent à évacuer le château.
Après avoir écrasé
l'armée française à Azincourt en octobre 1415, le roi d'Angleterre Henri V
put facilement entreprendre la conquête systématique de la Normandie à partir
de 1417. Les Anglais commencèrent le siège du château en novembre, et la
garnison du duc d'Alençon céda la place le 22 juillet : ce fut un des plus
longs sièges de la campagne avec celui de Rouen. Les occupants nommèrent de
nouveaux officiers pour administrer la contrée et une forte garnison occupa
le château, lequel servit de base arrière aux troupes anglaises qui se
battaient dans la Maine, plus au sud, sur ce qu'on appelle "la barrière
de la guerre". De nombreux documents subsistent de cette période. Les
Anglais restèrent jusqu'à l'extrême fin à Domfront. Ils rendirent la place le
2 août 1450, 15 jours avant Cherbourg, l'avant-dernière place reprise par
l'armée du roi de France Charles VII.
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FIN DU
MOYEN-AGE ET EPOQUE MODERNE
Avec la fin de la
guerre de Cent-ans, Domfront cessa de jouer un rôle majeur. La ville souffrit
toutefois des troubles à la fin du moyen-âge, puis à l'époque moderne. En
1466-1467, Jean II, duc d'Alençon fit partie de la ligue des princes révoltés
contre Louis XI lors de ce qui fut appelé La Guerre du Bien public. La
ville et la région furent ravagées par les troupes du duc de Bretagne, son
allié pourtant, qui occupaient le château. Plus tard, Domfront subit les
guerres de religion. Les protestants pillèrent l'église Notre-Dame-sur-l'Eau
et occupèrent un temps le château. En mai 1574, le chef protestant Gabriel de
Montgomery y fut capturé après un siège de quelques jours par l'armée
catholique et royale du maréchal de Matignon ; il fut exécuté quelques jours
plus tard à Paris. Quelques années après, les ligueurs opposés à Henri IV
occupaient la place. Vulnérable, sauf à y entretenir une coûteuse garnison,
susceptible de servir de refuge à diverses bandes d'opposants ou de brigands,
la forteresse était devenue inutile. Elle fut démantelée en 1610 suite à un ordre de
Sully, ministre de Henri IV, daté du 21 juin 1608. Les bourgeois récupérèrent les pierres sur les
pans de murs ruinés par les explosions et installèrent des jardins potagers à
l'intérieur de l'enceinte.
En ville, le fait
le plus notable fut la création d'un collège, en 1689, sur la "Grande
Brière", le sommet de la crête situé à l'est des remparts de la cité
médiévale. Les Eudistes en prirent la direction en 1727. La chapelle fut
construite de 1730 à 1732. Les incidents dus aux collégiens défrayèrent souvent
la chronique locale. En 1788, Louis XVI en personne en fut informé, et le
collège fut menacé de fermeture !
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ÉPISODES
RÉVOLUTIONNAIRES et POST-REVOLUTIONNAIRES
Pendant la
révolution, Domfront fut plutôt "bleue", révolutionnaire, mais sans
excès. Les religieux ayant refusé de prêter le serment constitutionnel, ils
furent expulsés et le collège fut fermé (1792). La région fut toutefois une
terre de chouannerie active, et les bandes dirigées par Louis de Frotté mirent
longtemps en échec les forces gouvernementales. Frotté fut finalement arrêté
malgré un sauf-conduit alors qu'il se rendait à des pourparlers, et exécuté
sur ordre de Bonaparte, en 1800.
Quand furent créés
les départements, la délimitation entre l'Orne et la Mayenne fut très
compliquée, du fait que l'ancien Passais était originellement dans le Maine.
Aux limites sud de la vicomté, de nombreuses paroisses, dites
"mixtes", étaient à cheval sur la Normandie et le Maine. Il fallut
attendre parfois jusqu'aux années 1840 avant que tous les cas soient réglés.
Certaines communes (anciennes paroisses) de l'ex-vicomté furent entièrement
placées dans la Mayenne (Lesbois, Le Housseau, ...), d'autres dans l'Orne
(Céaucé, Saint-Fraimbault), d'autres encore furent partagées (Vaucé). C'est
également à cette époque que la paroisse de Saint-Front fut réunie à celle de
Domfront pour former l'unique commune de Domfront.
En 1836, malgré
les protestations de Prosper Mérimée, premier inspecteur des Monuments
Historiques, les 4 travées occidentales de la nef de Notre-Dame-sur-l'Eau
(qui en comptait 6) et les bas-côtés furent abattus pour élargir la route. En
compensation, si on peut dire, l'édifice fut classé Monument Historique dès
1846 (première liste des M.H.). Il a bénéficié depuis de nombreux travaux de
restauration et d'entretien, et ce jusqu'à ces dernières années.
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L'EPOQUE
CONTEMPORAINE
Petite ville de
services (sous-préfecture [jusqu'en 1926], hommes de loi, ...), animée par de
grandes foires et autres comices agricoles très fréquentés, le sort de
Domfront à l'époque moderne n'offre rien d'original. Elle fut toutefois une
des toutes premières villes de France dont l'éclairage public était
électrique (1885), et on venait de fort loin admirer ce progrès. A la séparation de
l'Eglise et de l'Etat, la chapelle du collège fut désaffectée, puis
transformée en théâtre municipal. En 1926, une nouvelle église Saint-Julien à
l'architecture révolutionnaire pour l'époque et construite en béton, due à
l'architecte Guilbert, remplaça la précédente dans la vieille ville.
Comme la France
entière, la petite ville a souffert de l'occupation : restrictions,
arrestations d'otages et de résistants. Le 14 juin 1944, Domfront fut
sévèrement bombardée par l'aviation américaine : le quartier de la gare, près
de l'hôpital et de Notre-Dame sur l'Eau et le "grand carrefour" et
la rue des Barbacannes, au pied des remparts furent particulièrement touchés.
Le haut de ville fut heureusement épargné, sauf exception (nord de la place
Saint-Julien, place du Panorama). Les troupes américaines arrivèrent le 14
août.
Malgré
l'implantation d'industries (machines à bois LUREM, fromages PRESIDENT,
MOULINEX, ...) la petite ville souffre de son isolement à la fin du XXe siècle.
La crise industrielle lui fait perdre de nombreux emplois à partir des années
1990. Moulinex ferme ... Valoriser son site, promouvoir son histoire,
développer un tourisme "vert" sont plus que jamais une des clés de
son avenir.
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